Salut Trainspotting,
J'ai vu La graine et le mulet et je n'avais pas remarqué que les personnages étaient tunisiens lol !
Bref, j'ai en tous les cas retenu tout autre chose, à savoir la condition faite à l'émigration maghrébine en France. Un homme exploité pendant des années puis renvoyé dans le chômage, parce que son corps usé ne pouvait plus donner le profit que ses patrons en escomptaient. Le personnage de la danseuse au ventre était selon moi le charme du film : non pas que j'aie une préférence particulière pour les formes de cette adolescente, mais parce que Slimane (le mulet), touchant à la fin de sa vie (pôle du Thanatos : fin de carrière, vieillesse) s'est accroché à elle pour se fabriquer une raison de continuer, un espoir, un avenir. J'ai apprécié cette ambiguité entre l'érotisme impertinent de l'adolescente, fille de sa maîtresse (pôle de l'Eros et de la subversion), et le projet de Slimane pour se réinventer un monde, en essayant de léguer à son ancienne famille (sic !) et à ses enfants quelque chose (qui donnerait en retour un sens à son existence). Le plus étonnant est que la solution est venue, à deux reprises, de la subversion et de l'infidélité : 1) c'est la fille de l'amante qui le pousse à créer son emploi après son licenciement, 2a) c'est elle qui le sauve de l'embarras où l'a plongé la "perte" de la "graine", 2b) c'est l'amante elle-même qui est allée préparer le couscous tant attendu par les convives...
Loin de la célébration habituelle des valeurs de la Famille maghrébine, promues en culture légitime par excellence, ce film, bien que ne traitant que légèrement les problèmes de l'émigration, entame une subversion symbolique à un moment où nos compatriotes d'ici versent dans le moralisme le plus grammairien. Slimane est un personnage vraiment captivant, par son honnêteté, par son recul devant les problèmes de la vie, par son amour du labeur, par son intérêt pour le plaisir : c'est le surgeon contemporain de ce que nos sagesses historiques ont donné de meilleur. J'ai beaucoup aimé ce film, comme j'ai aimé L'esquive, et Abdellatif Kéchiche n'a pas fini, j'en suis sûr, de nous tendre des miroirs interrogateurs ! |